Theodorakis: Septième Symphonie dite "du Printemps"

par Guy Wagner


L'importance des choeurs devient prépondérante pour Mikis Theodorakis dans sa Septième Symphonie, dédiée à Jean Jaurès et à Konrad Wolf, ensuite également dans la Quatrième.

Comment cet ordre des symphonies est-il à expliquer, un ordre d'autant plus étrange que Theodorakis n'a toujours pas composé de Cinquième ni de Sixième Symphonies?


Theodorakis raconte que Katsaros lui a demandé, pourquoi il se pliait à la hiérarchie des nombres et lui a proposé qu'il devrait tout de suite composer sa 20e symphonie, et que cette idée lui avait plu d'autant plus qu'il travaillait le plus souvent simultanément à plusieurs compositions.


Ainsi, à partir de 1982, il élaborait parallèlement la Quatrième et la Septième Symphonie.
Il "saute" donc trois numéros de symphonies pour réaliser "un rêve de ma vie : mettre en musique les textes d'Yannis Ritsos qui avaient imprégné ma jeunesse : la Symphonie du Printemps, la Marche de l'Océan et la Maîtresse des Vignobles  - d'où résulte pour le contenu de la partition, le cycle de la vie et de la mort".


La Septième Symphonie est crée le 19 mai 1984 pendant le Festival de musique de Dresde.

Mikis Theodorakis & Yannis Ritsos
à Dresde pour la création
de la 7e Symphonie (Photo Guy Wagner)

Yannis Ritsos est présent à la création et manifeste sa solidarité profonde avec Mikis et avec cette nouvelle composition qui explicite musicalement quelques grands textes du poète.

Etant donné que cette symphonie, à laquelle le compositeur attache une importance particulière, évoque de nouveau fortement la mort, mais s'achève sur l'affirmation de la vie, Theodorakis a repris comme deuxième mouvement le poème de son compagnon d'infortune à Makronissos, Yorgos Kouloukis : "I adelfi mas Athina" (Notre sœur Athina ) pour en faire le centre de la souffrance de la composition.
"Mystérieux et insondables sont les chemins sur lesquels nous mène l'archange. Quand je finissais le travail sur le premier mouvement de la 'Symphonie du Printemps', je voyais luire dans la forêt des sons la figure d'Athina. Sa beauté m'aveuglait. Le sacrifice d'Athina, le fait de dépasser de façon absolue ses propres limites, se transforme en un vivant zéro érotique et entre alors dans l'univers. Auparavant, cependant, elle avait embrassé les oranges avec un tel dévouement, comme si dans son jus était caché le printemps tout entier. Car au printemps, Athina transforme la mort en un chien effrayé prêt à suivre les traces de la vérité, celles qui mènent à la mort. La faible lumière de l'été prochain dans la nuit, Athina, la fondation de la Symphonie du Printemps, devient définitivement la Première Symphonie."

Mesure après mesure se pose à nous, selon Theodorakis, la nouvelle question dans le troisième mouvement, la Marche de l'Océan :
« Attiserons-nous donc encore secrètement la blessure ouverte du soleil ? Comme un rêve dans le rêve, les graines de fleurs et les artères fécondes du printemps germeront de la tempête calme des sons. Enfin, les zéros érotiques seront à voir. Enfin, nous sommes prêts à finir la divinité du dieu dans le cri : MER – MER – MER. Comment peux-tu encore dormir quand tu as vu la mer ? Le cercle se ferme. Nous arriverons là, d'où nous sommes partis. Les mâts seuls pointent en direction de l'infini. Immobiles sur le port nocturne, nous observerons les lumières noyées dans l'eau. »

Il est particulièrement significatif que le mouvement final de la symphonie reprenne la mélodie byzantine du troisième mouvement de la Troisième Symphonie et la conduise à un apogée hymnique, comme si l'annonce de la mort dans cette symphonie-là devait être conduite ici à une apothéose de la vie.

Le triomphe de la vie sur la mort, le triomphe de la vie par la mort.

Ainsi, Theodorakis a, comme il en est lui-même convaincu, trouvé l'apogée (provisoire?) à sa création symphonique.

© Guy Wagner

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