Arcadia IV

Poèmes d'Andréas Kalvos


Enfin! Je reçois l'anthologie poétique de Porphyris. Elle a été examinée pendant deux jours au poste de gendarmerie, puis renvoyée à Dimitsana pour contrôle plus approfondi, et de là à Tripolis. Il faudra encore attendre une semaine pour qu'on me la remette. Je vais y trouver la plupart des textes que je recherche pour ma musique. Commençons par Kalvos, poète épique du siècle dernier, à la langue robuste et grandiose. Son appel aux armes doit frapper au coeur de la sensibilité grecque.

Mikis Theodorakis: Journal de Résistance


1
Ode troisième.

LES VOLCANS


O rayons matinaux
Du soleil, pourquoi surgissez-vous ?
Serait-ce que l'œil des cieux
Se plaît à contempler les œuvres
des forbans ?

Grecs, ô vous âmes
Sublimes qui dans les grands
Périls savez témoigner
D'une ardeur inlassable
et d'une nature insigne,

Comment ne tentez-vous pas
D'arracher à tout prix le diadème
De la patrie infortunée
Aux mains scélérates
de tels forbans ?

Leurs tourbes sont innombrables
Et terrifient à leur aspect.
Mais un seul Grec, homme Intrépide
a le pouvoir
de les bouter!

II
Ode quatrième.

A SAMOS


Que ceux sur qui s'appesantit
De la peur la main d'airain,
Demeurent sous leur joug servile
Car la liberté requiert
vertu et témérité.

La liberté — ici le mythe cache
Le génie de la Vérité — a pourvu d'ailes
Icare et si ce dernier a chuté
Si l'Ange s'est englouti
naufragé

C'est du zénith qu'il est tombé
Et libre qu'il a succombé!
Mais si tu es la victime avilie
D'un tyran, n'espère dans la tombe
qu'infamie !

III
Ode sixième.

LES VŒUX


Mieux vaut que les flots
Houleux de la mer
Submergent ma patrie
Comme une barque solitaire
et désespérée

Sur le continent et les îles
J'aime mieux voir l'incendie
Se propager en tous lieux
Dévorant villes et forêts,
multitudes et espoirs

Mieux vaut au grand jamais
Que les Grecs dispersés
Courent les confins de la terre
La main tendue,
mendiant leur pain

Serrez votre glaive, ô Grecs —
Et cessez de baisser les yeux
Car voici que dans les deux
Dieu désormais se manifeste
pour votre seul protecteur

Et si Dieu même et nos armes
Venaient à nous faire défaut
Nous déclarons sans hésiter
Mieux vaut que hennissent à nouveau
les cavales des Turcs

Mieux le vaut, car plus
La tyrannie se montre
Aveugle et cruelle et plus vite
S'ouvriront les portes
du salut!


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