Mia
Zoi yia tin Ellada
Note introductive
au livre
de Mikis Theodorakis
Le
17 janvier 1973, ont été présentés les
“18 chansons de la patrie amère”
de Yannis Ritsos au Albert Hall de Londres, dans une atmosphère
de recueillement. Tout ému j’ai pris le micro et là
j’ai chanté pour la première fois: “Romiosini
min tin kles = Ne pleure pas la Grécité”,
et depuis cette époque, je n’ai pas cessé de le
chanter. Six mille bougies ont alors été allumées.
Les Grecs et nos amis étrangers ont été pressés
de voir la Résurrection qui est arrivée enfin, un an
et demi plus tard.
Un peu plus tard les “Lianotragouda” ont été
présentés au Luxembourg, dans un concert qui a eu ses
origines dans une lettre de proposition pour moi et l’organisateur
de mes concerts, Norbert Gamsohn. Elle avait comme expéditeur
un certain Guy Wagner, qui a finalement organisé et préparé
tout de la meilleure façon… C’est ainsi qu’à
l’occasion de ce concert nous nous sommes rencontrés
pour la première fois et que j’ai fait connaissance avec
cet homme si enthousiaste, mais inconnu pour moi à l’époque,
l’ami Guy. Depuis nous ne sommes plus séparés!
Il était encore professeur – je me souviens que nous
l’avions visité à l’école où
il enseignait – tandis qu’il conservait une rubrique permanente
de critique dans le principal journal du Luxembourg. Plus tard, il
est devenu directeur du Théâtre d’Esch et responsable
en 1993 de la Capitale Culturelle. |

Mikis Theodorakis
pendant son intervention
(Photo Ariel Wagner-Parker) |
A cours de notre amitié de longue date, nos relations étaient
étroites et substantielles et ont atteint un sommet quand Guy Wagner
a créé – avec des amis – la fondation “Filiki”
ayant comme objectif la collection, la sauvegarde et la diffusion de mon
œuvre et plus tard quand il a décidé d’avancer
vers la rédaction de ma biographie.
C’est ainsi que nos rencontres ont commencé à devenir
plus fréquentes. Tantôt, lui à Paris et plus tard
à Athènes et à Vrachati, tantôt moi au Luxembourg,
tantôt à l’occasion de mes concerts, quelque soit l’endroit
où ils ont eu lieu, même aux USA: nous ne manquions jamais
l’occasion de nous rencontrer et de discuter.
C’est ainsi que, pas à pas, Guy Wagner a commencé
à entrer dans les dédales de notre vie nationale, tandis
que parallèlement, il essayait de dérouler la pelote des
événements politiques comme ils se cristallisaient pendant
les décennies difficiles qui ont suivi la Première Guerre
Mondiale et qu’en leur sein se formaient d’une manière
protéique tant ma personnalité que mon parcours politique
et artistique.
Ce n’était de toute façon pas un travail facile pour
un européen et plus particulièrement un Luxembourgeois qui
avait encore eu la chance de demeurer en dehors des expériences
pénibles du Moyen-Âge nazi. (*)
Et ce n’était pas seulement cela. Parce que, tandis que le
reste de l’Europe entrait dans la voie de la reconstruction d’après-guerre,
la Grèce s’enfonçait dans une nouvelle tragédie,
la Guerre Civile, dont nous pouvons dire qu’elle n’a pris
fin qu’avec la chute de la Junte. Comment faire concevoir et comprendre
nos particularités et spécificités à un étranger?
A un occidental qui, p.ex., a été empreint par certaines
“vérités” de base: communiste signifiait homme
de Moscou, c’est-à-dire du diable, tandis que les USA, l’Angleterre,
la France etc. étaient des symboles de la Liberté et de
la Justice.
Par conséquent, la Résistance Nationale Grecque (EAM), puisque
elle avait dans ses rangs des communistes, ne pouvait pas se battre pour
la Liberté. Nous étions les instruments du diable.
Même Hitler, pour l’européen moyen, était finalement
meilleur que Staline.
Sous cette optique, que dire du rôle des Anglais et des Américains
dans notre pays? (Guerre civile, Junte, Chypre). C’est ainsi que
nous avions eu besoin des centaines d’heures de discussions, pour
que Guy Wagner commence à distinguer les particularités
de notre vie nationale et naturellement mes choix spécifiques qui
ont, de plus, constitué un objet de déformation et d’intoxication
systématiques.
Entre-temps l’objet de la biographie était constamment dans
une marmite qui bouillait à l’étranger: Front Patriotique
(PAM), Conseil de Résistance Nationale (EAS), Solution Karamanlis,
PCG (intérieur), Gauche grecque et ensuite en Grèce: Karamanlis
ou les tanks, Gauche Unie, EDA, Mouvement de Civilisation et de la Paix,
Mouvement pour l’Unité de la Gauche (KEA), Candidat à
la Mairie d’Athènes (1978), Député du PCG (1981-1986),
Député Nouvelle Démocratie (1989-93).
Plusieurs fois, les interviews se faisaient à chaud, avec le risque
d’influencer la froide objectivité qu’exige un tel
ouvrage. Mais il ne pouvait pas faire autrement. En fin de compte, l’auteur
avait besoin de pénétrer dans ce monde inconnu, coûte
que coûte.
C’est une même image dédaléenne que présentait
mon parcours artistique. Avec des contradictions inacceptables pour un
observateur européen. Par exemple: Quel rapport pouvait exister
entre une chanson et une Symphonie? Entre Zorba et l’opéra
Electre? Entre le concert populaire et l’orchestre symphonique?
Là-bas, en Occident, tout est rangé dans des petites boites,
de petites bouteilles et des rayons de pharmacie. Chacun a son étiquette,
son prix, son usage et sa place. Le léger avec les légers.
Le sérieux avec les sérieux. Comment donc comprendre la
coexistence de la poésie et de la chanson, chanson pour les masses
et non pour l’élite, les élus?
J
e note tout cela pour illustrer le grand exploit de mon cher ami Guy Wagner.
Qui a osé, en raison de cette biographie, faire une incision au
cœur de l’histoire néo-hellénique en plaçant
dans son intérieur, d’une façon analytique et critique,
une œuvre, et un parcours personnel dédaléen et contradictoire,
en essayant de les éclairer pour les expliquer, en portant à
la surface les clefs de son approche personnelle, grâce à
laquelle tout lecteur de bonne foi pourra mieux comprendre la formation
et l’évolution des conditions historiques et sociales dans
lesquelles a existé, agi, réagi, médité et
créé le citoyen et artiste concret qu’est le soussigné.
(*)
Rem. GW: Que non, cher Mikis: le Luxembourg a souffert comme la Grèce
à l’époque et comme la Grèce, elle a résisté,
étant le premier pays non seulement occupé, mais annexé
au "Reich", qui a fait une grève générale
contre l'occupant, aux conséquences terribles
de répression, et personnellement, j’ai des souvenirs
précis de ces temps noirs, quitte à avoir eu seulement
sept ans quand la guerre finissait.
La présentation du livre | L'écho
dans la presse grecque | L'intervention
de Maria Farantouri | Entretien avec Guy
Wagner | Communiqué de presse
| Les images de la présentation |
Première page
|