Happy Birthday, Mikis!

Récents concerts en Allemagne


Theodorakis applaudi par Ulf Klausenitzer et Alexandra Gravas (Photo: Guy Wagner)



Tout récemment, le 15 juillet, dans le cadre des concerts du Château de Werneck, Mikis Theodorakis a lui-même dirigé «Oedipus Tyrannos» et «Raven», tandis que le chef titulaire du «Kammerorchester Schloss Werneck», Ulf Klausenitzer, réussit à rendre toute la finesse de la «Symphonietta» et l’expressivité des quatre lieder réunis sous le titre: «Eros ke Thanatos».
Ce cycle sur les thèmes de l’amour et de la mort, dédié à Myrto, est une musique d’une étonnante intensité, et celle-ci s’est d’autant mieux dégagée que la soliste, la mezzo-soprano Alexandra Gravas, a su traduire les émotions contenues et retenues de cette musique, dont l’orchestration est aussi subtile que différenciée. Si la voix de la cantatrice n’est pas une des plus puissantes, elle sait la faire valoir et la mettre intelligemment au service de la musique dont elle a réussi à traduire les plus fines nuances, avec les merveilleux musiciens de Werneck qui ont suivi les indications de leur chef avec une ferveur et une discipline remarquables.
Décidément, en musique les découvertes demeurent toujours possibles! Celle du «Kammerorchester Schloss Werneck» en est une, et l’œuvre a été une révélation.
On s’est rendu compte combien le concert Theodorakis a tenu à cœur aux musiciens. Rarement, on a pu entendre un jeu orchestral plus différencié, plus homogène, mais surtout, plus engagé. Mieux: On a vu et senti le plaisir, la joie, avec lesquels les instrumentistes ont su donner corps et vie aux partitions, veillant non seulement à les restituer de manière aussi fine et subtile que possible, – et le jeu d’ensemble était remarquable! –, mais surtout à en exprimer l’essence profonde, les émotions, l’âme. A montrer que Theodorakis, décidément, respire la musique…
«Symphonietta», l’orchestration réalisée en 1995 à partir d’un Sextuor de 1947, est un bijou étincelant d’un éclat d’autant plus intense que les deux solistes, le brillant flûtiste Sascha Friedl et le fin pianiste Florian Henschel, ont été au diapason de la virtuosité de l’orchestre, en particulier dans le superbe «Scherzo», spectaculaire à souhait.
Il en a été également ainsi pour le douloureux et sombre «Oedipus Tyrannos» et pour «Raven», avec de nouveau Alexandra Gravas comme soliste, les deux partitions étant dirigées par Theodorakis lui-même. Ce «rêve détaché, au-delà de toute réalité», comme le compositeur définit «Raven», est unique dans son œuvre, et les échanges subtils entre la flûte et deux harpes et la voix humaine ont créé une atmosphère singulière. Il faut se poser la question comment il lui a été possible de composer en 1970 une musique d’une aussi grande finesse à la fois dans les gammes et pour les couleurs sonores, alors qu’il se trouvait au camp de concentration d’Oropos, malade de la tuberculose et en proie aux attaques de factions politiques rivales.


 

Theodorakis et Maria Farantouri ovationnés (Photo: Guy Wagner)



Mais c’est bien là un des miracles de la puissance créatrice de Theodorakis, dont, le lendemain, 16 juillet, nous avons pu découvrir à Ferropolis un autre volet, celui de l’infinie richesse de ses chansons, disons plutôt de ses lieder, car la démarche de Theodorakis est similaire dans ce domaine à celle d’un Schubert.
Ferropolis est un site construit dans un paysage meurtri où, jusqu’en 1991, 340 millions de m3 ont été déplacés pour extraire 70 millions de m3 de lignite au moyen d’énormes excavatrices, dont cinq ont été gardées pour délimiter un terrain qui va devenir un lieu culturel unique. Ces gigantesques machines prenaient dans cet environnement presque lunaire la forme de surréelles stations spatiales échouées.
Près de 8.000 personnes étaient là pour l’inauguration. A Theodorakis l’honneur de diriger le concert de gala: «Départ en lumière et en feu», pour la conclusion duquel Gert Hof, le magicien de la lumière, avait conçu un spectacle fascinant, événementiel, de lumières, de feux de Bengale et de feux d’artifices. En première partie, Maria Farantouri, éblouissante, chantait dix-sept des plus belles chansons de Mikis. Elle les vivait au diapason de ses brillants musiciens, parmi lesquels il faut relever Henning Schmiedt, piano et arrangements, Jens Naumilkat, violoncelle, Volker Schlott, saxophone, et les frères Thanassis et Yannis Zotos.
En seconde partie, on avait le plaisir de réentendre le merveilleux orchestre de chambre de Werneck dans «Oedipus Tyrannos» qui, malgré une amplification considérable, restait transparent et gardait intacte sa force émotionnelle. Enfin, tous les interprètes se sont réunis autour de Maria Farantouri qui chantait cinq des «Poetica» dans un arrangement spécialement réalisé pour cette occasion pour ensemble populaire et orchestre de chambre, le tout dirigé par Theodorakis, à juste titre ovationné.

© Guy Wagner, 2000


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