EpitaphiosDeux enregistrementsvon Guy Wagner
Il a une autre conception sonore, une autre vision de l'œuvre. Pour lui, il manque à l'enregistrement sa spécifié, son âme, bref, la »Grécité«. Il décide de réaliser parallèlement, un second enregistrement et sélectionne à cet effet lui-même les instruments de l'orchestre. Comme instrument soliste, il opte pour le bouzouki, l'instrument du Lumpenproletariat, comme »élément constitutif«. Comme soliste du bouzouki, il choisir le joueur le plus authentique de Grèce, Manolis Chiotis. »Je me souviens de ma première rencontre avec Chiotis, dans le petit studio de la Columbia, rue Lycourgou, en 1959. Il sortit avec beaucoup de soin son bouzouki de l'étui. Il le prit tendrement comme un petit être cher et fragile. Et ensuite ! Ensuite le petit studio se remplit de sources cristallines, de soleils multicolores. Je lui jouai mon œuvre >Epitaphios<. - A cet endroit, me faisait-il observer, le rythme ne doit pas être tel que tu le joues... - C'est à dire ? - C'est un rythme de >zéïbekikos<. Et un >zéïbekikos< très appuyé. Écoute-moi ce passage par exemple... Il joua les différents morceaux de mon œuvre - >Un jour de mai<, >Tu as régné, mon étoile<, qui trahirent aussitôt, sous les doigts de Manolis Chiotis, leur âme véritable, leur rythme authentique >zéïbekikos< qu'il leur a donné à jamais (...) : le génie musical de Chiotis se lia pour toujours à mon œuvre.« Ensuite, le compositeur se rappelle le jeune soldat courageux qui lui avait donné à boire sur le chemin de la déportation, et engage comme soliste vocal Grigoris Bithikotsis, qui est en train de se faire un nom en Grèce. »La voix de Bithikotsis avait pour moi un charme tout particulier. Dans elle, un chacun de nous chante : le matelot, le paysan, le chauffeur, l'étudiant, le soldat, le commerçant – c'est le Grec d'aujourd'hui, que cela nous plaise ou non.« La
réalisation est une sensation : »Si le premier
>Epitaphios< était lyrique et nuptial, le second est pour
les marchés et les rues, où le jeune homme a vécu
et aimé, avant qu'une balle ne le frappe au cœur et qu'il meure.«
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