EpitaphiosUne révolution culturellepar Guy Wagner
»Je n'écris pas de chanson pour divertir les auditeurs. Ceci n'est pas une musique qui fait oublier. On doit gagner à travers elle la joie de se sentir plus riche, plus exigeant, plus fort. Elle doit inciter à la réflexion, au souhait d'une vie plus belle, comme l'indiquent les vers et la musique. Voilà pourquoi, elle doit prendre racine dans la mémoire du peuple. Les hommes, le sang, les morts du passé s'y retrouvent non pour semer la haine, mais pour semer l'amour. La jeunesse a senti cela d'autant plus rapidement qu'elle souhaite ardemment surmonter le passé.« Theodorakis affirme que le peuple peut parfaitement comprendre et chanter la poésie de Ritsos si celle-ci est présentée dans son propre langage musical, et que le rébétiko, précisément, est un art sorti du peuple, un art qui lui permet d'articuler ses vrais problèmes. Par cette discussion passionnée, à laquelle participent des critiques de musique, des écrivains, des journalistes, la Grèce est divisée en deux camps. D'un côté, il y a la bourgeoisie, la société chic, qui prend position pour Hadjidakis, de l'autre, il y a la jeunesse et la classe ouvrière qui se mettent passionnément du côté de Theodorakis. La
controverse entre »Hadjidakikos« et »Theodorakikos«
ne révèle pas seulement un conflit entre les générations
et les couches sociales, mais elle est avant tout exemplaire du conflit
politique des dernières décennies pour lequel elle
remplit la fonction d'un catalyseur. Pour une jeunesse qui réalise
sa prise de conscience politique indépendamment de la propagande
étatique, pour les laissés pour compte et les opprimés
de la société grecque, dont les convictions de gauche
n'ont rien perdu de leur sincérité, cette controverse
devient une soupape qui leur permet enfin de ventiler les vrais problèmes
qui les tracassent face à un système gouvernement qui
se maintient au pouvoir par l'oppression policière et la répression.
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