A méditer
Débat
en Israël: où s'arrête la critique légitime,
où commence l'antisémitisme?
JERUSALEM (AP) -- Où
s'arrête la critique légitime de la politique gouvernementale
israélienne, et où commence l'antisémitisme? Le débat,
qui fait rage depuis longtemps en Israël, se fait terriblement actuel
ces derniers temps.
Il y a eu les propos racistes d'un Premier ministre malaisien; un sondage
selon lequel 59% des Européens verraient en Israël la principale
menace à la paix dans le monde; ou d'autres propos peu amènes
du compositeur grec Mikis Theodorakis.
Et puis, il y a eu les attentats en Turquie, visant deux synagogues d'Istanbul
(24 morts, sept fidèles juifs et 17 passants musulmans), venus
renforcer en Israël le sentiment que les juifs sont de plus en plus
en danger.
Le gouvernement israélien se mobilise: le chef de la diplomatie
Silvan Shalom, à Bruxelles pour rencontrer ses homologues européens,
leur demande de lancer des campagnes contre l'antisémitisme. C'est
également le thème au coeur de la visite du Premier ministre
Ariel Sharon en Italie.
Dans une enquête, l'Université de Tel Aviv note une augmentation
des incidents antisémites dans le monde: 228 en 2001, 311 un an
plus tard, surtout en Europe occidentale. Même si en France, concernée
au premier chef, on souligne une baisse de 61% sur les huit premiers mois
de 2003 par rapport à 2002.
En Europe, «nous assistons à une vague d'antisémitisme
diffamatoire, associée à la haine et à l'incitation
à la haine contre Israël», déclare le conseiller
de M. Sharon, Raanan Gissin: «Ce n'est pas politiquement correct
de dire qu'on hait les juifs, alors on dit qu'on hait Israël».
En face, les détracteurs du gouvernement Sharon et de sa politique
de la «main lourde» contre les Palestiniens depuis trois ans,
estiment que ses partisans cherchent en fait à éviter les
critiques légitimes contre cette politique en les qualifiant d'antisémitisme.
«Nous ne sommes plus les victimes. Nous menons une politique
d'oppression dans les territoires, et le monde n'aime pas ça»,
constate l'historien israélien Tom Segev. «Il y
a en Europe une nouvelle génération qui a moins peur aujourd'hui
de critiquer Israël», estime-t-il. Des critiques qui sont
parfois prises en otage par les antisémites, note Segev.
Comme le dit Tullia Zevi, dirigeante de la communauté juive italienne
qui rencontrait Ariel Sharon lundi: «On ne peut pas mélanger
l'opposition aux politiques du gouvernement israélien actuel et
une communauté religieuse et sociale. C'est très dangereux
et très trompeur».
Pour Moshe Zimmermann, professeur d'histoire à l'Université
hébraïque de Jérusalem, c'est Israël même,
en se définissant comme le représentant du peuple juif,
qui a contribué à créer le flou et à entretenir
la confusion, avec pour résultat d'associer les juifs de la diaspora
à ses propres actes.
«Du moment qu'Israël est critiqué, cela devient,
du point de vue israélien, une critique du peuple juif. Et le glissement
de la critique contre Israël à la critique contre les juifs
est devenu plus fluide. Ce que nous voyons dans les propos de Theodorakis
et d'autres est une manifestation claire de ce glissement», analyse-t-il.
L'opposition à l'occupation en Cisjordanie et à Gaza est
forte en Europe: pour le chasseur de nazis Ephraim Zuroff, patron du Centre
Simon Wiesenthal en Israël, l'Europe met la barre plus haut pour
l'Etat hébreu que pour d'autres pays, y compris les dictatures
arabes. «Et ce, en partie à cause du désir des
Européens de se libérer enfin de la culpabilité de
l'Holocauste». Et d'ajouter: «C'est pour cela qu'ils
assimilent Israël à des nouveaux nazis».
En outre, l'immigration venue de pays musulmans, notamment en France,
Grande-Bretagne et Allemagne, ajoute une nouvelle dimension au problème,
juge également Ephraim Zuroff: une variété «classique»
d'antisémitisme européen désormais mariée
à l'antijudaïsme «islamique»... Et selon lui,
les gouvernements européens évitent toute confrontation
directe avec le fondamentalisme islamique, de peur de voir leurs pays
devenir cible du terrorisme.
Ranaan Gissin va plus loin, effectuant le lien direct entre cette «haine»
anti-israélienne et les attentats visant des juifs: «Le
résultat final est que ces groupes terroristes se sentent en sécurité
lorsqu'ils attaquent et tuent des juifs».
Ephraim Halevy, ancien chef du Mossad, les services d'espionnage, n'est
pas d'accord. «Ceux qui ont commis ces attentats n'avaient pas
besoin d'une vague d'antisémitisme en Europe», a-t-il
déclaré sur les ondes de la radio publique israélienne.
Pour l'historien Moshe Zimmermann, Israël dévalue l'accusation
grave d'antisémitisme en l'utilisant avec libéralité
contre les attaques visant sa politique gouvernementale. Du coup, déplore-t-il,
«quand il s'agit de véritable antisémitisme, l'autre
partie ne fait plus attention».
--par Karin Laub-- AP
Nous nous sommes permis d'emprunter cet excellent document qui
permet de voir un peu plus clair dans la controverse qui secoue Israël
et la Grèce sur des propos tenus par Theodorakis, propos déformés
dès le début
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