Ma «rencontre» avec ...

par Iacovos Kambanellis

 

Kambanellis & Mikis Iakovos Kambanellis & Mikis Theodorakis (Photo Guy Wagner)


Je suis toujours surpris de choses qui se passent «après».

1965: La Chronique Mauthausen est en train d'être préparée pour sa publication par Themelio. L'Editeur Général Mimis Despotides, qui restera à jamais présent dans nos mémoires, a eu une idée avec laquelle tant Mikis Theodorakis que moi-même nous étions immédiatement d'accord: écrire une collection de chansons qui seraient enregistrées, de sorte que le disque et le livre puissent sortir en même temps. C'est exactement ce qui arriva.

En décembre de la même année, dans un théâtre, j’ai lu des extraits de la Chronique, ensuite les chansons ont été crées.

Une soirée inoubliable! Pas seulement pour moi, mais également pour Theodorakis et Farantouri.

1980: Je décide de retourner pour la première fois à Mauthausen. C'est le mois de mai, et les anciens détenus du camp, femmes et hommes de toute l'Europe, y ont organisé des retrouvailles.

Nous nous sommes rencontrés le jour même du 35e anniversaire de notre libération. En d'autres mots, le 5 mai, nous nous sommes rassemblés dans le village de Mauthausen pour marcher ensemble vers le camp. Nous, les 30.000 survivants, gardions le silence pendant cette montée vers le camp en signe de souvenir, d'amour et de respect pour les 240.000 qui étaient allés là vers leur Golgotha.

Comme nous nous rapprochions de l'enceinte du camp, j'entendis vaguement une musique venant de l'intérieur du camp, de la large cour intérieure. Elle a été transportée par l'air matinal tout le long du chemin vers les collines portant de nouveaux arbres.

Elle semblait vaguement familière, comme si je l'avais déjà entendue quelque part auparavant. J'avais raison. Quand nous nous rapprochions encore, je réalisai que j'étais en train d'écouter la voix de Maria Farantouri qui chantait: «Jeunes Filles d'Auschwitz, jeunes filles de Mauthausen, n'avez-vous pas vu mon amour?»

Plus tard, sans mentionner qui j'étais, je suis allé au secrétariat et j'ai demandé quel était donc le chant que nous avions entendu le matin... Ils m'ont dit que c'était le leitmotiv musical du camp depuis des années.

Je connais l'effort considérable que Theodorakis a mis à réaliser le cycle Mauthausen et à le présenter en concert. Il était devenu célèbre dans de nombreux pays. Cependant, ma «rencontre» avec cette chanson à cet endroit-là, à ce moment précis-là, eh bien ...

Depuis lors, j'ai rêvé de réaliser un concert sous ces prémices et à convaincre Theodorakis de partager ce rêve avec moi. Le concert a eu lieu en 1988 à Mauthausen, submergé par des dizaines de milliers de pèlerins, de pacifistes, de gens merveilleux qui étaient venus de partout, de partout...

Retour en 1965! Combien merveilleusement inconscients et créatifs nous avons été.
 

© Iacovos Kambanellis - Traduction française: Guy Wagner

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