Le retour d'une grande interprète

Interview avec Maria Farantouri

 

Une grande interprète de la chanson mondiale: Maria Farantouri
 

Kutulas: Peux-tu nous dire quelque chose sur le programme placé sous le thème "Poetica - Chansons de ma patrie grecque" qui te conduira dans plusieurs villes allemandes et européennes?

Farantouri: Mon programme est constitué en majeure partie de nouvelles chansons. Quelques-unes d'entre elles figurent sur mon récent CD "Poetica", publié il y a un an et que je n'ai pas encore pu présenter "live" en dehors d'Athènes. Ce sont de nouveaux et merveilleux titres de Mikis Theodorakis qu'il a composés en 1995 et que le musicien berlinois Henning Schmiedt a arrangés. Par ailleurs, d'autres chansons totalement inconnues et non encore publiées de Theodorakis seront présentées qui paraîtront pour la première fois sur CD en 1998. J'aime beaucoup ces chansons, parce qu'elles ont de belles mélodies et de bons textes et qu'elles ont reçu une excellente instrumentation de Henning Schmiedt. Il n'est par ailleurs que naturel que les chansons les plus célèbres de Mikis ne manqueront pas; mais elles auront une nouvelle "robe" que les superbes musiques de Berlin, – avec lesquels je travaille en partie depuis de longues années ensemble et qui sont experts dans tous les styles, le jazz, le classique, la musique du monde et le folklore, – ont tricotée pour elles. Ainsi, ce programme ne sera pas seulement intéressant et excitant pour le public, mais aussi pour moi. Je me sens actuellement très "innovatrice" et pleine de force créatrice.

Kutulas: Ton programme, cependant, ne comprend pas seulement des chansons de Theodorakis ...

Farantouri: Cela est bien vrai. A la maison et chez des amis j'ai depuis toujours chanté des chansons "rebetiko", et j'ai décidé maintenant de prendre, pour la première fois, quelques-unes de ces chansons dans mon programme. Cela aussi est une "première" personnelle. Par ailleurs, je chanterai des chansons de Zülfü Livaneli, avec qui je collabore depuis de nombreuses années et avec qui j'ai enregistré un CD au début des années 80. S'y ajouteront quelques chansons de Manos Hadjidakis, quelques-unes de ses plus belles, à mon avis.

Kutulas: Comment vois-tu ta position actuelle dans la scène musicale de Grèce?

Farantouri: Beaucoup de choses ont changé en Grèce, et les besoins des gens sont entre-temps devenus autres, de sorte que j'hésite à exprimer un jugement de valeur sur la situation actuelle, parce que je devrais la peindre comme désastreuse. Globalement dit, ce qui triomphe, c'est la "chanson de masse", et il faut constater que les valeurs authentiques sont bradées. La chanson qui a pu survivre pendant les dernières décennies en Grèce, cette chanson authentique, pleine de vie et de mélodie, qui s'appuyait sur la poésie grecque, a été refoulée. Malheureusement, sa place n'est pas prise par une chanson aussi forte dans son expression, mais par une chanson de qualité beaucoup moindre. Pourtant, c'est précisément elle qui est lancée et promue par l'industrie du disque. Malgré tout, on trouve néanmoins toujours à nouveau des chansons avec de bonnes mélodies qui auront peut-être une chance d'avenir. Quelques collègues et moi, nous résistons aussi bien que nous le puissions à cette „industrie" qui, au fond, ne s'intéresse qu'à une musique qui puisse prendre de bonnes parts du marché,... quoi que cela veuille dire. Personnellement, j'essaie toujours à nouveau d'allier la qualité et un bon "marketing", sans rien abandonner de ma conception de l'art et de l'interprétation.

Kutulas: Pourrais-tu me dire quelques mots sur ta coopération avec les différents compositeurs pendant ces dernières années?

Farantouri: Vangelis Papathanassiou a écrit pour moi cinq chansons, dont j'ai enregistré trois sur mon CD „17 chansons". C'est lui-même qui en a réalisé l'instrumentation avec son équipment électronique. Nous envisageons un grand projet commun. J'ai déjà parlé de la collaboration avec Zülfü Livaneli. Récemment, nous avons donné des concerts communs à Paris et Francfort, ainsi que sur différentes îles grecques en été. C'est à cette occasion que j'ai pu entendre ses nouvelles chansons que j'aime beaucoup. Lucio Dalla, qui a entre-temps la faveur d'un public de plusieurs générations, avait entendu mon interprétation de „Caruso" et m'a fait ensuite cadeau d'une chanson. A partir de là, une réelle collaboration s'est développée entre nous, avec comme résultat un CD commun. J'aime aussi collaborer avec des compositeurs plus jeunes et plus modernes, tels Nikos Kipourgos ou Kyriakos Koukos. Ce dernier est un compositeur plus symphonique, dont j'ai créé l'œuvre la plus récente dans la salle de concert d'Athènes.

Kutulas: Cela fait longtemps que tu n'as plus fait de tournée en soliste en Europe...

Farantouri: Oui, cela fait presque dix ans. Pendant ce temps, Mikis a eu besoin de moi, et j'ai ressenti la nécessité d'être à son côté. C'est ainsi que, ces dernières années, j'ai donné presqu'exclusivement des concerts avec lui, p.ex., en 1994 à l'occasion d'une tournée aux Etats-Unis et au Canada, ensuite, en 1995 pendant une tournée européenne. Un peu plus tard, nous nous sommes produits dans plusieurs villes d'Australie, où j'ai interprété ses œuvres dites metasymphoniques. Et ces derniers mois, nous avons présenté le "Canto General" en Norvège et à Munich. Mikis s'est maintenant retiré quelque peu et fait une pause, de sorte que je retourne à mes propres affaires. Je dois dire que j'ai de merveilleux souvenirs de mes innombrables concerts personnels jusqu'au milieu des années 80. Ce fut notamment en Allemagne, où ont été également publiés quelques-uns de mes disques, que nos chansons ont trouvé une grande résonance, et j'espère que nous pourrons y renouer le fil. Cette fois-ci, le public européen aura l'occasion d'entendre beaucoup de chansons nouvelles, et en raison de l'excellente collaboration avec mes musiciens, le climat est très bon, ce qui compte beaucoup pour moi.

© Asteris Kutulas

Concert Tour "Poetica" | Maria Farantouri (E) | (D) | (F) | Portrait | Index | A Farantouri Page at "Pläne" Records