MAUTHAUSEN

Poèmes de Iakovos Kambanellis

 



CHANT DES CHANTS (ASMA ASMATON)

 

Quelle est belle, mon amour
Avec sa robe de tous les jours
Avec un petit peigne dans ses cheveux
Personne ne le savait, qu'elle était aussi belle.
Jeunes filles d'Auschwitz,
Jeunes filles de Dachau,
N'avez-vous pas vu mon amour?

Nous l'avons vue, dans un lointain voyage
Elle ne portait plus sa robe
Ni de peigne dans ses cheveux.
Qu'elle est belle, mon amour
Choyée par sa mère
et les baisers de son frère.
Personne ne le savait, qu'elle était aussi belle.
Jeunes filles de Mauthausen,
Jeunes filles de Belsen,
N'avez-vous pas vu mon amour?
Nous l'avons vue sur la place gelée,
Un numéro dans sa main blanche
et une étoile jaune sur le cœur.

 

ANDONIS (O ANDONIS)

 

Là, dans le grand escalier
Dans l'escalier des larmes
Dans le profond sentier de la mort
Dans la carrière des lamentations,
Juifs et partisans marchent,
Juifs et partisans tombent,
Ils portent un rocher sur leur dos
Un rocher, croix de mort!

C'est alors qu'Andonis entend la voix.
La voix:
«Oh! camarade, oh! camarade,
«Aide-moi à monter l'escalier.»
Mais là dans le grand escalier,
L'escalier des larmes,
Toute aide est une insulte,
Toute compassion, une malédiction.

Le juif tombe sur la marche
Et l'escalier devient rouge
«Et toi mon gars, viens par ici
«Prends un deuxième rocher».
J'en prends un, j'en prends deux
Moi je m'appelle Andonis
Et si tu es un homme, viens donc ici
Sur l'aire de marbre.

 

LE FUGITIF (O DRAPETIS)

 

Yannos Ber lui qui vient du Nord
ne supporte pas les barbelés.
Il prend courage, il prend des ailes.
Il court dans les sillages de la plaine.

Donne, donne, dame, un peu de pain
et des vêtements pour me changer.
J'ai un long chemin à faire
et des lacs à survoler.

Où qu'il passe et où qu'il s'arrête
S'abattent la peur, la terreur
et une voix, une voix terrible:
«Cachez-vous du fuyard».

Chrétiens, je ne suis pas assassin
Ni fauve pour vous manger.
Je me suis enfui de prison
Pour rentrer chez moi.

Ah !. quelle solitude de mort
Dans ce pays de Bertolt Brecht!
Yannos est livré aux SS
Maintenant c'est pour le tuer qu'ils l'emmènent...

 

LORSQUE LA GUERRE SERA FINIE (OTAN TELIOSSI O POLEMOS)

 

Fillette aux yeux effarouchés
Fillette aux mains glacées
Lorsque la guerre sera finie, ne m'oublie pas.

Joie du monde, viens à la porte
Pour que nous nous embrassions sur la route,
Que nous nous enlacions sur la place,

Que nous nous aimions dans la carrière,
Dans les chambres à gaz,
Dans l'escalier, les miradors,

L'amour en plein midi
Dans tous les coins de la mort
Jusqu'à ce que disparaisse son ombre.

(Traduction Gérard Pierrat)

 

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