Theodorakis à Montréal (I)

par Guy Wagner

Theodorakis répète le Canto General (Photo: Guy Wagner)  


Hommage à une grande personnalité contemporaine

"L'Université du Québec à Montréal rend hommage à monsieur Mikis Theodorakis en lui attribuant le titre de docteur honoris causa, par décision de son Conseil d'administration, sur recommandation de son Département de musique. Par ce geste, l'Université reconnaît l'importance de l'ensemble de son œuvre musicale et souligne son engagement constant en faveur de la liberté et de la paix."

Par ces mots, Madame Paule Leduc, rectrice de l'UQÀM, a ouvert la cérémonie de l'attribution du titre de docteur honoris causa au compositeur grec qui a constitué le sommet de son récent voyage au Québec, et cette distinction honorifique a été, à juste titre, considérée comme un événement. C'est vrai: la musique de Theodorakis, universellement écoutée et aimée, est reconnue aussi universellement comme un message qui peut concerner tout un chacun pourvu qu'il veuille seulement lui prêter son attention.
Pendant les années où Theodorakis a été en butte aux vexations et aux poursuites du pouvoir politique, il a toujours trouvé au Canada, et en particulier au Canada francophone, une terre d'accueil, aussi du fait qu'une considérable population d'origine grecque s'y est établie. Rien qu'à Montréal, il y a 80.000 gens parlant le grec, autant que Luxembourg compte d'habitants.

Une organisation trop défaillante

Trois soirées organisées pour Theodorakis et avec lui; beaucoup de ferveur et de sollicitations de toutes parts pour le compositeur et son épouse Myrto qui avaient fait le long voyage quelque peu à leurs risques et périls, car ils ont dû constater que la ferveur d'accueil à elle seule ne suffit pas et que l'organisation sur place, en particulier de la part de la principale imprésario, était indigne d'un artiste pareil.

Comment juger, par exemple, le fait que, en défaut d'une calculation sérieuse et du manque d'argent qui en résultait, la présidente de l'Institut canadien des arts responsable ait réduit le nombre de musiciens requis à la réalisation de la nouvelle version symphonique du "Canto General" de 65 à 31 musiciens? Comme on si on pouvait déterminer une orchestration d'après les moyens financiers à disposition!

Comment qualifier le fait que les solistes instrumentaux venus de Berlin jusqu'à la fin de leur périple ne savaient  pas si le cachet dû leur serait effectivement payé?

Et comment justifier que l'annonce pour les différents morceaux au programme du deuxième concert ait été prévue seulement en grec... et en anglais, ce qui a causé des tumultes dans la salle: "En français, s'il vous plaît, mademoiselle!"

Voilà bien la preuve d'une méconnaissance inqualifiable des données et de la situation!

Aussi, pendant ces journées très harassantes avec interviews, conférences de presse, répétitions, négociations, Theodorakis oscillait entre la joie et la tristesse, et ceux qui l'entouraient s'interrogeaient s'il ne fallait pas annuler carrément le concert final dans la Basilique Notre-Dame. Mais le compositeur s'y est opposé: "Il y a tant de gens qui attendent d'entendre mes œuvres, je leur dois le concert", dit-il et il se mit au travail de répétition avec ses trente et un musiciens qui étaient heureusement d'excellents instrumentistes hautement qualifiés, s'agissant de membres de l'Orchestre symphonique de Montréal, et avec les chanteurs qui avaient été bien préparés. Et le miracle a eu lieu.

© Guy Wagner, 1999

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