RomiossiniNaissance d'une composition * par Guy Wagner
Selon la tradition, lors de la fête de l'Épiphanie (Rois Mages), le gouvernement, l'Église et le peuple fêtent ensemble la maison royale. Alors qu'approximativement trois cents personnes de la haute société pavanent sur la plage du yachtclub royal autour du monarque, plus de cent mille personnes se réunissent sur les collines avoisinantes autour de Papandréou et de Theodorakis. Quand l'archevêque entonne l'hymne »Gloire au roi !«, tout le monde crie comme d'une seule voix : »A bas, le roi !« et commence à courir vers les dignitaires qui déguerpissent. La police encercle les Lambrakidès qui se trouvent à la fin du cortège. Theodorakis exige comme député des policiers qu'ils le laissent passer, mais ceux-ci le matraquent, l'assomment et lui donnent des coups de bottes. »Theodorakis, je te hais !«, crie l'un des officiers. À grand-peine, les amis de Mikis réussissent à le sortir de l'encerclement. Rentré chez lui, Mikis voit sur son piano le poème de Ritsos : Romiossini pour lequel l'»Union des Femmes« lui a demandé depuis longtemps déjà une mise en musique que Mikis, malgré de multiples efforts, n'a pas encore réussie. Ce n'est que maintenant où lui et ses compagnons de lutte ont de nouveau dû apprendre à leur dépens la brutalité des détenteurs du pouvoir, qu'il se rend compte de l'actualité des vers de Ritsos : »Maintenant je savais - au plus profond de moi - que >Grécité< ne chante pas le passé, mais l'avenir.« Comme conséquence directe de cette démonstration, la musique de Theodorakis est interdite à la radio d'État, ce qui déclenche dans toute la Grèce des protestations d'autres musiciens et écrivains qui retirent également leurs œuvres. La vente des disques de Mikis redouble, tandis que la police cherche désespérément à connaître les noms des acheteurs. © Guy Wagner: Mikis Theodorakis. Une vie pour la Grèce, 2000
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