Mikis Theodorakis: "Petite Suite"pour piano (1954)Guy Wagner*)Mikis Theodorakis compose deux de ses trois «Exercices pour deux violons et un violoncelle» à Ikaria et les finit, le 14 janvier 1949, avec le commentaire: «Souvenir d’une journée en prison avec Nikos et Zissis. Evdilos». Ce jour-là, il a de nouveau été tabassé dans la localité d’Evdilos, parce qu’il a encore refusé de signer la fameuse déclaration de soumission et de contrition que chaque jeune Grec devait signer avant son recrutement dans le service militaire obligatoire. Finalement, son tortionnaire lui assène un violent coup sur le crâne, à l’endroit où se trouve une ancienne plaie. Quand Mikis revient à lui, il se retrouve dans un cloaque «gisant dans la pisse et la merde». Il doit y passer toute la nuit. «Le troisième exercice, je l’a probablement composé dans ma fantaisie quand j’ai été mis dans la fosse d’aisances». Le matériel de cette partition, une des rares de cette période qui n’ait pas été perdue, sera réutilisé par Theodorakis dans la «Petite Suite» pour piano, pour ce qui est du deuxième exercice, et dans le «Carnaval Grec» et, par conséquent, dans la musique de ballet «Zorba» pour le troisième. Cette «Petite Suite» a pour Theodorakis une importance particulière, puisque c’est la première partition achevée à Paris où Theodorakis l’élabore et la transcrit pour le piano. Il la dédie à son amie, la pianiste Vasso Devetsi, la future directrice de l’Institut Maria Callas. Dans la majeure partie de ses musiques «parisiennes», Theodorakis retourne à ses sources crétoises. Celles-ci sont essentielles pour sa démarche créatrice. La
«Petite Suite» comprend ainsi des éléments
de la musique crétoise traditionnelle et restitue, pour conclure,
la sonorité des instruments traditionnels (Andante mosso),
alors qu’auparavant, elle révèle les recherches en harmonie
auxquelles le compositeur s’est adonné (Allegro molto marcato).
Son écriture caractéristique pour le piano exige de l’interprète
autant de dextérité que de sens rythmique, car seule sa
précision rend le caractère essentiellement violent et
fougueux de la pièce. © 2000 - *)Sur la base de notes de Tatiana Papageorgiou
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