A propos de la Quatrième Symphonie

de Mikis Theodorakis

par Guy Wagner

 

Mikis Theodorakis a composé sa Quatrième Symphonie en 1986. Elle a été une commande de l'Université d'Athènes pour la célébration de son 150e anniversaire.

C'est dans le cadre de cette commémoration que l'œuvre a été créée dans la salle PALLAS d'Athènes, le 3 mai 1987, sous la direction de Loukas Karytinos.

L'orchestre et les choeurs avaient été spécialement constitués, et leur nom: »Choeurs et Orchestre Symphonique d'Athènes« lui avait été attribué pour cette occasion, et tous ceux qui ont participé à la réalisation, - le chef d'orchestre, les solistes: Kiki Morfoniou, Aleka Dracopoulou, Leda Tassopoulou, les choeurs (chef des choeurs: Elli Nicolaidou) et l'orchestre, - se sont mis d'accord pour l'exploitation en commun de l'enregistrement de l'œuvre sur disque (disque noir et CD). Cette première initiative dans le genre mériterait d'être renouvelée, car ainsi la musique grecque contemporaine trouverait de nouveaux accès auprès du public international.

Mikis Theodorakis avait souhaité mettre en valeur des textes des trois grands auteurs dramatiques athéniens de l'Antiquité: Eschyle, Sophocle et Euripide, qui appartiennent à la littérature mondiale et qui correspondent aussi à l'idée que le compositeur s'est faite du prestige de l'Université d'Athènes. Il reprendra d'ailleurs une idée similaire quand il composera sa trilogie d'opéras sur les grandes héroïnes de ces auteurs: Medea, Elektra et Antigone.

Toute fois, comme l'exécution des deux premiers mouvements durait déjà une heure, Theodorakis a été obligé d'écarter la troisième partie, le choeur d' »Ajax« de Sophocle.

Dans la première partie de la Quatrième Symphonique, dite des »Odes Chorales«, Theodorakis utilise le texte des choeurs des »Euménides«, dans la seconde celui des »Phéniciennes« d'Euripide. Il s'agit à chaque fois d'un choeur féminin, mais le compositeur fera également appel à des voix masculines, tout comme il aura introduit auparavant des voix féminines dans ses musiques liturgiques: Missa Greca et Requiem.

Les »Euménides« sont la troisième partie d'une trilogie d'Eschyle qui comprend également »Agamemnon« et »Les Choephores«. Les Euménides, comme on sait, sont les déesses de la vengeance qui poursuivent Oreste après que celui-ci a tué sa mère Clytemnestre. Le thème de l'œuvre est celui de la purification des passions qui ont dévoré la maison des Atrides. Il s'agit d'un texte prophétique: Les anciennes angoisses métaphysiques et les conflits de la cité s'y trouvent entremêlés. L'œuvre s'achève sur la création d'une nouvelle institution, l'Aeropage, qui symbole le passage, la transition de l'époque mythique à l'ère historique.

Les »Phéniciennes« d'Euripide, une de ses pièces les moins connues, réunit sur fond mythique les Labdacides: On y voit apparaître Œdipe, Jocaste, Etéocle et Polynice, Créon, Antigone... et leur confrontation forme un contraste saisissant avec le fondement pacifique de la tragédie, car si l'expression des passions humaines a toujours été au coeur de la démarche d'Euripide, son idéologie a clamé aussi toujours très haut un profond pacifisme.

En réintroduisant le chant dans ses symphonies (2e, 3e, 4e, 7e), - chant qui se base sur les plus beaux textes de la poésie antique et contemporaine -, Theodorakis va délibérément à contre-courant de l'élitisme musical qui, depuis l'après-guerre a conduit à une aliénation toujours plus grande entre le public et les compositeurs.

Theodorakis, au contraire, recherche le contact du public, le dialogue avec lui, et ce dialogue est rendu plus facile et sa musique est ainsi plus accessible par les textes sur lesquels elle prend ses fondements.

Avec cette approche qu'il considère comme indispensable à sa création musicale, tant symphonique que populaire, Theodorakis témoigne son respect devant l'auditeur si souvent négligé dans la création contemporaine: »Mozart retourne au village«, comme il l'a écrit dans son »Anatomie de la musique«.

© Guy Wagner

 

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